vomi

Au cours de la nuit, Crofford, pensant probablement sa dernière heure arrivée et souhaitant nous faire un dernier adieu, à moins qu’elle ne fût simplement mue par l’instinct de conservation, a jugé utile de venir jusque dans notre chambre à coucher afin d’y vomir sur le parquet, au pied de notre lit. Barbara s’étant, il y a longtemps déjà, déclarée émétophobe (mais n’ayant toujours pas produit de certificat médical l’attestant) c’est d’ordinaire à moi qu’il revient de nous débarrasser de la nourriture mal digérée se déversant occasionnellement de l’une ou de l’autre des enfants. Et me voici donc, jeune moussaillon dénudé sous aucune étoile, briquant le pont du navire conjugal immobile, peinant aux interstices et songeant (afin de me donner du courage) que je compte parmi les hommes d’équipage du capitaine Cook en route vers les terres australes. Je soumets somme toute aisément la flaque de soupe de légumes (rehaussée d’un peu de yaourt à la coco) que le bois du parquet, accrocheur, a maintenue dans des limites raisonnables. Ce faisant, je remarque combien elle est régulière, mesurée, toute en retenue. Durant l’été, Missoquet, elle, avait vomi dans une salle de bains du Cap Ferret dont le carrelage avait favorisé le terrible et anarchique éclatement multicolore qui avait gagné jusqu’à la couverture d’un livre d’André Gide et le mécanisme d’un aspirateur électrique respectivement éloignés de huit et dix mètres de l’épicentre. Je crains de n’être pris au sérieux, cette fois encore, par une trop frileuse communauté scientifique mais je livre néanmoins cette nouvelle découverte essentielle : les enfants vomissent selon leur caractère.

2 commentaires »

  1. D’après ma femme, tu sais que tu es parent le jour où ton bébé te vômit dessus

    Commentaire by Sam Lowry — 18/02/2012 @ 01:42
  2. (et que, bizarrement, tu n’as pas le réflexe évident de le laisser tomber)

    Commentaire by Sam Lowry — 18/02/2012 @ 01:44

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