Karl

De mon court séjour à Bilbao je ramène quelques photographies dont celle-ci représentant Barbara dans la baignoire de notre chambre d’hôtel, que j’ai intitulée « Barbara dans la baignoire de la chambre deux cent dix-sept de l’hôtel Silken à Bilbao », mais malheureusement pas grand chose d’intéressant à écrire. Jusqu’à ma rencontre avec Barbara je ne voyageais pas, ou si peu, et n’avais jamais été confronté à ce phénomène de latence entre le moment où je me trouve dans une ville étrangère et celui où je peux exprimer autre chose que la simple énumération des endroits où je me suis rendu. Je peux cependant d’ores et déjà dire que Bilbao attend les extra-terrestres, ce qui n’est pas rien.
A un peu plus de trois heures de route de Bilbao, à Bordeaux, Place du Parlement, il est un endroit où chacun peut se restaurer et qui est exploité commercialement par un individu nommé, selon toute probabilité, Karl, et que j’appelle pour ma part Karl le Bizarre. Lorsqu’est apparu sur le grand écran accroché au mur un message indiquant que durant les vingt secondes à venir toute personne gratifiant Karl le Bizarre d’un câlin se verrait offrir un café, je n’ai pas osé bouger car le message ne définissait pas la notion de câlin. Suffisait-il de prendre Karl le Bizarre dans ses bras, ou bien encore fallait-il imprimer à Karl, une fois celui-ci enlacé, un mouvement de gauche à droite, ou de droite à gauche, le message ne le précisait pas, et les vingt secondes s’écoulèrent tandis que je m’interrogeais légitimement. Personne ne fit de câlin à Karl qui n’en fut pas attristé car il ignorait que l’écran avait affiché le message. Puis Karl, bizarrement, se mit à parler italien seul derrière la caisse au moment même ou les longues pales du ventilateur fixé au plafond se reflétaient dans ma petite cuillère qui prenait donc vie.





